Randonnée

La photographie en randonnée et en trek

La photographie est un loisir qui se marie très bien avec la randonnée et le trek. Pour beaucoup, c'est même la principale raison de sortir. Votre smartphone suffit pour prendre des photos, mais cet article se concentre plutôt sur l'appareil à objectifs interchangeables.

Je m'appelle Caj et je suis créateur de contenu chez Scandinavian Outdoor. La plupart des photos de nos supports marketing sont de moi, et les modèles sont souvent des collègues. Selon mes propres critères, je “pratique” la photo depuis 10 ans, et je continue de progresser. Il y a tant à apprendre qu'il est impossible de tout couvrir dans un seul guide. Je vous livre tout de même ici mes conseils pour vos sorties et vos treks.

Smartphone ou appareil à objectifs interchangeables : les différences

Le smartphone reste généralement l'option la plus simple, et ses capacités photo progressent sans cesse. Mais si vous voulez photographier des sujets éloignés, un ciel étoilé, des aurores boréales ou d'autres scènes difficiles pendant une sortie ou un trek, le téléphone cède sa place à l'appareil photo.

Le ciel s'est embrasé de couleurs matinales. Traversée à ski sur l'itinéraire Hetta-Pallas.
20 mm F3.5 1/100s ISO 100.

Avec un appareil photo, vous gardez davantage la main sur l'image. Un smartphone s'appuie beaucoup sur l'automatisme et décide en général du rendu final. L'appareil photo vous permet de régler facilement l'exposition et la profondeur de champ, et en changeant d'objectif, vous changez aussi de focale. Avec un vrai boîtier en main, on ressent aussi davantage le plaisir de photographier.

Comment se lancer dans la photo

Selon moi, le plus simple pour débuter est de suivre un cours de photo ou de chercher des tutoriels en ligne. Vous y trouverez souvent des conseils contradictoires, tout simplement parce qu'il existe de nombreuses façons d'arriver au même résultat.

Un renne devant des fjells enneigés. J'attendais ce moment, et je me suis mis presque au ras du sol pour placer les fjells juste derrière lui. Par précaution, j'avais réglé une sensibilité ISO plus élevée en cas de mouvement rapide. 200 mm F2.8 1/3200s ISO 400.

Entraînez-vous dès le départ à trouver les boutons de votre appareil sans le regarder. C'est particulièrement utile pour la photo de nuit. Les boutons sont généralement personnalisables, et je vous conseille au moins de découvrir la mise au point par bouton arrière (back-button focus).

J'ai moi-même commencé par photographier en mode manuel, en travaillant les bases une notion à la fois. Une fois les bases acquises, vous obtenez bien plus facilement les images que vous voulez, et non celles que le hasard vous donne. Les photos ratées se font plus rares et la retouche devient plus simple.

Autoportrait réalisé avec un trépied. Le diaphragme était “grand ouvert” pour accentuer la brume sur le champ et flouter davantage l'arrière-plan. En composition, on laisse souvent plus d'espace dans la direction du regard ou du mouvement. 35 mm F1.4 1/8000s ISO 100.

Un appareil à objectifs interchangeables est un système : un boîtier et ses objectifs. En plus d'un boîtier adapté à votre pratique, il vous faudra généralement quelques objectifs. Dans ce loisir, on peut dépenser sans limite, mais en achetant malin et en choisissant des objectifs d'occasion, vous gardez les coûts sous contrôle. Un objectif d'occasion se revend souvent presque au même prix : votre argent est surtout immobilisé. Réfléchissez dès le départ à un ensemble d'objectifs cohérent pour votre pratique, plutôt que d'acheter ceux qui vous font envie sur le moment.

Comment choisir le bon appareil ?

En regardant les appareils, on se heurte vite au budget : les boîtiers neufs coûtent très cher. Pour votre premier achat, demandez conseil à des amis photographes, en gardant à l'esprit que les passionnés restent souvent fidèles à une marque et ne connaissent pas forcément les alternatives. On trouve aussi des appareils d'occasion à prix raisonnable.

Photo sur le vif d'une descente en eaux vives dans le Grand Canyon. Pour figer les éclaboussures des vagues, il faut une vitesse d'obturation rapide. 200 mm F2.8 1/640s ISO 100.

On distingue les appareils plein format et les appareils à capteur APS-C (capteur recadré). Les APS-C sont souvent des modèles d'entrée de gamme plus abordables. Outre le prix, leur atout tient au facteur de recadrage : vous gagnez des millimètres de focale, et photographier des sujets éloignés revient souvent moins cher. Les plein format sont généralement des appareils plus haut de gamme, voire professionnels, et on trouve pour eux des objectifs de meilleure qualité (et plus chers).

Des nuages incroyables et un arc-en-ciel derrière le lac. La scène n'a duré que quelques secondes. J'ai fermé le diaphragme juste assez pour rester à ISO 100 tout en gardant une vitesse suffisante pour figer les petits mouvements. 14 mm F8 1/250s ISO 100.

Quand vous achetez un appareil, vous vous engagez pour un bon moment. Si vous possédez plusieurs objectifs et envisagez un jour de changer de boîtier, il est plus simple de rester dans la même marque pour continuer à utiliser vos objectifs. Le choix est aujourd'hui très large, et impossible de désigner un modèle comme le meilleur. Les fabricants progressent à des rythmes différents : tantôt l'un semble avoir une longueur d'avance, tantôt la situation s'inverse.

Montage de la tente dans les montagnes suédoises. Avec un peu plus de focale, les montagnes en arrière-plan paraissent imposantes. La sensibilité ISO aurait pu être plus basse, mais la lumière était changeante et j'ai préféré assurer. 70 mm F4.5 1/3200s ISO 800.

Pour les sorties et les treks, je recommande un boîtier léger pour lequel il existe aussi des objectifs légers. Si vous passez beaucoup de temps dehors, mieux vaut que le boîtier et les objectifs soient tropicalisés. Il y a quelques années, je suis passé du reflex à l'hybride : le poids et l'encombrement ont nettement diminué.

En trek, j'emporte généralement un seul objectif, un zoom 24-200 mm, qui couvre presque tous mes besoins. Quand je sais que les conditions s'annoncent bonnes pour la photo de nuit, j'ajoute une focale fixe de 20 mm.

Soleil de minuit : installation du campement à contre-jour. 46 mm F5.3 1/3200s ISO 100.

J'ai commencé avec un reflex APS-C bon marché mais de qualité, le Nikon D3100. Il produisait des images très dynamiques et coûtait neuf environ 350 €, si je me souviens bien. Un très bon rapport qualité-prix. Plus tard, j'ai commencé à photographier en semi-professionnel, notamment des mariages, et je suis passé au plein format avec le Nikon D610. J'en étais très satisfait. Avec l'arrivée des hybrides, j'ai vu l'occasion d'alléger mon matériel pour les treks et j'ai fini par adopter le Nikon Z6. Comme vous le voyez, je suis resté fidèle à Nikon depuis le début.

Quels objectifs pour la photo en randonnée ?

Pour choisir vos objectifs, il faut savoir ce que vous voulez photographier. Il existe des objectifs à focale fixe et des zooms. Si vous ne savez pas encore ce que vous allez photographier ou si vous débutez, je vous conseille de commencer par un zoom. Les objectifs vendus en kit avec les appareils conviennent généralement très bien pour débuter.

La photo d'oiseaux demande généralement au moins 200 mm de focale. Quand le sujet est plus loin, il en faut même beaucoup plus sur un plein format. Une vitesse rapide est aussi souvent nécessaire, même si le pic épeiche est généralement un sujet facile. 500 mm F5.6 1/80s ISO 800.

Quand vous commencez à cerner vos besoins, pensez à l'ensemble et achetez vos objectifs au fur et à mesure que votre budget le permet. Voici les critères que je regarde en priorité :

Caractéristiques des objectifs

  • focale
  • ouverture
  • poids
  • tropicalisation
  • prix

La focale s'exprime en millimètres. Multipliée par le “facteur de recadrage” de l'appareil, elle donne l'équivalent 24x36. Plus il y a de millimètres, plus l'objectif grossit. Par exemple, un objectif de 100 mm sur un appareil “plein format” reste équivalent à 100 mm, mais sur un appareil avec un “facteur de recadrage” de 1,3, l'équivalent passe à 130 mm.

Plus l'équivalent 24x36 est élevé, plus le grossissement est important.

La mésange bleue est vive, mais elle reste parfois immobile une seconde. 500 mm F5.6 1/100s ISO 800.

J'utilise un appareil plein format, et voici les focales dont je me sers le plus :

  • J'utilise un grand-angle, de 14 à 20 mm, pour le ciel étoilé, la Voie lactée, les aurores boréales – et les paysages. Il convient aussi à des gros plans plus originaux.
  • La focale fixe de 35 mm était autrefois celle que j'utilisais le plus. Ces objectifs sont abordables et lumineux (jusqu'à F1.8). Une focale très polyvalente pour photographier les gens, les détails et les paysages en randonnée et en trek.
  • Le 85 mm est idéal pour le portrait : un objectif lumineux donne un arrière-plan doux et ne déforme pas les traits du visage comme le fait un objectif plus large. Il donne aussi de l'ampleur aux fjells et aux reliefs en arrière-plan, là où un grand-angle les écrase.
  • À partir de 100-200 mm, la focale devient assez longue pour commencer à photographier les oiseaux et les sujets éloignés. En hauteur, au sommet d'un fjell par exemple, elle permet aussi de beaux paysages. Elle convient également aux gros plans avec un arrière-plan doux.
  • 200-600 mm : quand vous photographiez davantage d'oiseaux ou d'animaux sans pouvoir vous en approcher suffisamment, il faut monter en focale. Ces téléobjectifs coûtent déjà très cher, et les modèles lumineux atteignent plusieurs milliers d'euros.

Un arrière-plan doux pour la photo publicitaire d'un sac à dos. 85 mm F1.8 1/160s ISO 100.

Chaque objectif indique son ouverture, plus précisément son ouverture maximale. Cette valeur fonctionne à l'inverse : plus le chiffre est petit, plus l'ouverture est grande. C'est un peu déroutant, mais retenez simplement ceci : plus ce chiffre est petit, plus la profondeur de champ est courte, et plus vous pouvez photographier dans l'obscurité ou utiliser une vitesse rapide. D'où les expressions « objectif rapide » ou « objectif lumineux ». Les focales fixes à grande ouverture (petit chiffre) restent abordables, mais pour les zooms, le prix grimpe vite.

Une tente dans le whiteout. J'avais oublié l'ISO 800 réglé pour les photos du soir ; moins aurait suffi. 26 mm F4.2 1/6400s ISO 800.

La tropicalisation est importante, surtout en trek. L'appareil prend facilement l'humidité et la saleté, et l'humidité comme la poussière peuvent aussi s'infiltrer au niveau des objectifs. Les objectifs plus chers sont presque toujours tropicalisés.

Les objectifs coûtent très cher, surtout neufs, et le prix limite d'emblée ce que vous pouvez acheter. Réfléchissez donc bien à ce que vous photographiez et à ce dont vous avez besoin, puis achetez l'ensemble nécessaire au meilleur prix. Si vos objectifs font doublon, vous dépensez aussi de l'argent “pour rien”.

Une flamme est un sujet en mouvement : il faut en réalité une vitesse très rapide pour la figer. 20 mm F1.8 1/1000s ISO 100.

Mes objectifs actuels : en focale fixe, les Nikkor Z 20 mm f/1.8 et Nikkor 85 mm f/1.8. En zoom, un 24-70 mm f/4 et un 24-200 mm f/4-6.3. Leurs focales se chevauchent, mais l'un est plus adapté à la vidéo et l'autre à la photo polyvalente. J'économise pour m'offrir ensuite un 180-600 mm f/5.6-6.3.

Que photographier en randonnée ?

Une fois l'appareil acheté, vous partez plein d'enthousiasme pour votre première sortie photo en forêt, et vous remarquez vite que les sujets sont partout. La nature offre toute l'année de quoi photographier, et vous repérez des détails que vous n'auriez sans doute jamais remarqués sans appareil.

Des lédons des marais en bordure d'une tourbière ensoleillée. L'arrière-plan doux les met en valeur. 200 mm F2.8 1/250s ISO 100.

Quelques idées de sujets en randonnée :

  • La macro est passionnante. Vous pouvez photographier les petits détails de la nature et les insectes, et les modèles ne manquent jamais. Il existe des objectifs macro dédiés, mais certains téléobjectifs s'en sortent aussi.
  • Les gros plans, à plus grande échelle que la macro. La nature regorge de sujets, et les kuksas, couteaux et autres objets font aussi des modèles faciles.
  • Les portraits apportent une autre dimension et un contenu plus vivant. Ce sont aussi ceux qui laissent les meilleurs souvenirs. Vous pouvez réaliser des portraits posés et soignés pour les réseaux sociaux, ou opter pour des images documentaires.
  • Les paysages gardent la trace des lieux que vous avez parcourus. Là aussi, vous pouvez rester documentaire et aussi naturel que possible, ou faire preuve de créativité à la retouche pour embellir l'image, ou chercher à transmettre des émotions plutôt que la “réalité”.
  • La photo d'oiseaux et d'animaux est souvent un peu plus difficile : les modèles n'obéissent pas vraiment aux consignes, et il faut apprendre à mieux connaître les espèces que vous photographiez.

Une abeille en train de butiner. Photo prise avec un objectif macro. En macro, la difficulté vient de la profondeur de champ limitée, mais ici la fleur et le modèle sont tous deux nets. 90 mm F16 1/100s ISO 100.

Comment faire une bonne photo ?

C'est ma question préférée, et sans doute une question à se reposer régulièrement. Qu'est-ce qu'une bonne photo ? Il n'y a pas de bonne réponse, car tout dépend de celui qui regarde.

Je ne connais pas assez bien les oiseaux : un pipit à gorge rousse, peut-être ? L'oiseau chassait des insectes dans une prairie fleurie. J'ai photographié au ras du sol pour avoir l'océan Arctique en arrière-plan et un fond plus joli derrière l'oiseau. 200 mm F6.3 1/250s ISO 400.

Au début, j'ai appris en regardant les photos des autres. Je parcourais 100 à 1000 images par jour sur des plateformes photo, je m'arrêtais sur chaque image qui me plaisait et je me demandais ce qui la rendait réussie. Au bout d'un an, j'ai commencé à comprendre quel type d'images j'aimais et lesquelles je voulais réaliser.

Photo sur le vif : un bref moment de joie au sommet d'un fjell balayé par le vent. Un grand-angle aurait écrasé les fjells en arrière-plan, alors je me suis volontairement éloigné un peu du sujet pour utiliser une focale plus longue. 56 mm F5.6 1/2000s ISO 100.

En randonnée et en trek, les meilleures photos ne sont pas toujours les plus abouties techniquement. Elles ont simplement su capturer, comme par magie, une ambiance et un moment. La mise au point est parfois ratée, certaines zones sont cramées, mais l'image a saisi le bon instant.

Un repas photographié sous différents angles. Ici, avec des arbustes nains en arrière-plan. 35 mm F1.4 1/160s ISO 100.

Pourtant, en revoyant vos anciennes photos, vous constaterez qu'elles ne sont généralement pas si bonnes. Il y a beaucoup à améliorer, même si elles vous paraissaient géniales à l'époque. C'est plutôt bon signe : cela prouve que vous avez progressé.

Le même sujet photographié de l'autre côté : l'arrière-plan laisse plus de place au vide et au paysage lacustre. 35 mm F1.4 1/125s ISO 100.

Il n'existe pas de raccourci : il faut travailler, apprendre à connaître votre appareil et votre matériel, étudier la théorie et oser expérimenter. Apprenez comment la lumière se comporte sur vos images. Elle apporte du piqué, mais elle doit venir de la bonne direction. Pour photographier un sujet, une lumière légèrement latérale est souvent idéale ; parfois, au contraire, le contre-jour crée une superbe ambiance.

Toujours la même scène, cette fois photographiée directement par le dessus. 35 mm F1.4 1/80s ISO 100.

Au début, c'est la composition qui m'a donné le plus de fil à retordre, ainsi que la façon de cadrer une personne sans que le résultat paraisse bizarre. Apprenez la règle des tiers et le nombre d'or. Une fois que vous les maîtrisez, vous pouvez vous en affranchir.

On me demande souvent comment réaliser des photos plus originales

Comment obtenir un arrière-plan aussi doux et flou que possible ?

Un arrière-plan doux naît d'une profondeur de champ aussi courte que possible. Quand vous faites la mise au point sur un sujet, celui-ci est net, mais l'image devient floue devant et derrière. Cette zone de netteté se règle : plus elle est courte, plus l'arrière-plan est flou, donc doux.

Une kuksa photographiée par le dessus, l'arrière-plan est proche du sujet. 35 mm F1.4 1/20s ISO 100.

Vous réduisez la profondeur de champ en ouvrant le diaphragme au maximum (la plus petite valeur), en vous approchant le plus possible du sujet et en utilisant un appareil au capteur le plus grand possible.

Avec un plein format, vous pouvez vous approcher davantage du sujet qu'avec un APS-C. Le capteur d'un smartphone est minuscule : c'est pourquoi il ne donne généralement pas d'arrière-plan doux, sauf par traitement logiciel. Le téléphone prend alors plusieurs images, ou utilise plusieurs modules photo en même temps, et le logiciel les fusionne en une seule.

La kuksa dans la même situation que sur la photo précédente, mais avec plus d'espace vide derrière. Le feu de camp apparaît sous forme de bulles de bokeh. 35 mm F1.4 1/100s ISO 100.

Si, en plus, vous choisissez un emplacement où le sujet dispose de beaucoup d'espace dégagé derrière lui, sans arbre ni cabane juste derrière, l'arrière-plan sera encore plus flou.

Comment photographier un ciel étoilé ?

Pour le ciel nocturne, il faut généralement un trépied et un grand-angle lumineux. J'utilisais autrefois un 14 mm f/1.4 à mise au point manuelle ; aujourd'hui, j'utilise un 20 mm f/1.8 autofocus.

Un ciel étoilé seul donne souvent une image plate, mais si vous y ajoutez un sujet, la photo prend tout de suite plus de consistance. Appareil sur trépied et pose longue. 20 mm F1.8 30s ISO 800.

La nuit, il fait évidemment très sombre, et tout l'enjeu consiste à faire arriver assez de lumière sur le capteur. Pour cela : grande ouverture, temps de pose long et/ou ISO plus élevé. Dans l'obscurité totale, sans lune pour éclairer le ciel et sans pollution lumineuse, il faut souvent exposer au maximum : la pose la plus longue possible, la plus grande ouverture (la plus petite valeur) et la sensibilité ISO la plus élevée que votre appareil supporte sans bruit trop gênant, à tester au préalable.

Photo de nuit d'un abri ouvert et d'un randonneur. Ici, la mise au point n'est pas sur l'infini mais sur l'abri. Vous pouvez demander à la personne de rester immobile un moment : la pose peut alors atteindre près de 10 secondes sans que le sujet bouge trop. 20 mm F1.8 8s ISO 400.

Avec mon 20 mm, je pose généralement 25 secondes au maximum. Pour les étoiles, 20 secondes donnent de meilleurs résultats, car elles se déplacent et perdent leur forme ronde. Le temps de pose maximal dépend de la focale et de la taille du capteur ; vous trouverez des calculateurs en ligne.

La mise au point doit se faire sur l'infini, et c'est là l'erreur la plus courante et la principale cause de photos floues. L'infini se trouve rarement à l'endroit marqué sur la bague de mise au point. Testez et entraînez-vous d'abord de jour.

La lune est un sujet en mouvement qui exige une vitesse rapide, sinon un flou de mouvement apparaît. Photo prise à main levée, sans aucun appui. 500 mm F5.6 1/100s ISO 100.

Comment réussir une belle photo d'aurore boréale ?

Photographier les aurores boréales est déjà assez délicat, surtout si vous visez une belle image. D'abord, il faut être dehors au bon moment : s'abonner à une alerte aurores boréales par e-mail aide beaucoup.

L'appareil sur trépied devant un abri en bâche, avec l'aurore idéalement placée derrière. Une pose de six secondes a suffi à bien figer le mouvement. 14 mm F2.8 6s ISO 1000.

Il vous faut un trépied, et mieux vaut repérer un bon emplacement à l'avance. Une photo de l'aurore seule manque généralement d'intérêt. En Laponie, les aurores peuvent apparaître dans n'importe quelle direction ; plus au sud, elles flamboient dans le ciel nord. On peut même en voir chez moi, à Pargas.

En allant aux toilettes en pleine nuit, j'ai aperçu un voile vert sur l'horizon. Heureusement, l'appareil était à portée de main. Il m'a fallu une pose longue pour que l'aurore de début septembre s'imprime sur le capteur. 20 mm F1.8 20s ISO 800.

L'aurore est un sujet en mouvement : une pose trop longue efface ce mouvement, et l'image ne montre plus qu'une bouillie verte plus ou moins prononcée. J'utilise souvent une pose d'environ 3 à 6 secondes quand les aurores bougent vraiment et sont assez lumineuses.

Le groupe admire les aurores nocturnes depuis le campement. Une vitesse un peu plus rapide aurait mieux figé le mouvement. La zone la plus lumineuse est presque cramée. 14 mm F2.8 6s ISO 400.

On voit assez souvent des photos où l'aurore est cramée. Elle a pu être surexposée à la prise de vue ou à la retouche. On reconnaît une aurore cramée à ses couleurs qui disparaissent, au point de virer presque au blanc.

Un spectacle rare : une couronne aurorale. L'aurore se trouve juste au-dessus de nous, à Turku. 14 mm F2.8 4s ISO 400.

La clé d'une photo d'aurore réussie : un bon emplacement, la maîtrise des bases, de l'entraînement et beaucoup de temps passé dehors. Le meilleur moment ne dure souvent que quelques minutes, et si vous êtes à l'intérieur à ce moment-là, il est déjà trop tard quand vous sortez. Il m'arrive de laisser l'appareil prêt dehors sur son trépied, réglé à peu près correctement, une batterie de rechange en poche, puis d'aller me réchauffer sous la tente en ressortant de temps en temps pour surveiller le ciel.

Photographier en trek

Photographier en trek, c'est l'épreuve reine. Avec un sac lourd sur le dos, assis dans un packraft à pagayer dans des rapides, en tirant une pulka dans la neige profonde ou sous la pluie et le vent, on finit facilement par ne pas sortir l'appareil. Ce qui aide, c'est une vraie envie de photographier et un réel amour de la pratique.

Montage de la tente sous le soleil de minuit. L'image a été légèrement virée vers le violet. 94 mm F6.3 1/1000s ISO 100.

En feuilletant vos photos, vous pouvez revivre un trek encore et encore. On oublie souvent ce qui s'est passé en chemin, mais si vous l'avez documenté en photos et en vidéos, vous retrouvez toujours ces moments précieux.

Face aux grands fjells. 52 mm F8 1/500s ISO 100.

J'ai trimballé pas mal de matériel photo à travers les étendues sauvages de Laponie, et j'en ai tiré une leçon : choisissez un appareil avec lequel vous prenez vraiment des photos. Autrement dit, gardez-le à portée de main, et pas bien à l'abri au fond du sac.

Sur une image comme celle-ci, recadrez les bouts de branches en haut à droite ou supprimez-les avec les outils de votre logiciel de retouche. 24 mm F7.1 1/50s ISO 100.

Les sangles fournies avec mes appareils sont toujours restées au placard ; j'en utilise de meilleures. J'ai testé trois types de sangles :

Sangle bandoulière (sling)

Vous pouvez porter l'appareil longtemps et il reste vite accessible. La sangle ne pèse pas trop sur les épaules, même sur une longue étape. En revanche, elle s'emmêle facilement avec les bretelles du sac, et retirer son sac quand tout est entremêlé devient vite agaçant. Et si l'appareil pend à une hauteur pratique pour l'utiliser, il prend facilement des coups.

Fixation sur la bretelle du sac à dos

L'appareil reste en permanence à portée de main. Vous le saisissez rapidement et le remettez en place assez facilement. Il est bien placé et ne prend pas facilement de coups. En revanche, un équipement un peu lourd commence à peser sérieusement au bout de quelques heures. Placer une gourde d'environ un demi-litre sur l'autre bretelle comme contrepoids soulage un peu.

Dragonne

Si l'appareil n'est pas trop lourd et que vous prenez beaucoup de photos, vous pouvez aussi le garder en main. J'utilise parfois cette solution quand je sais qu'un passage du trek sera très photogénique et que je vais beaucoup déclencher. Incompatible avec les bâtons de marche, je ne l'utilise donc que sur de courtes périodes.

Sans sangle

Assez souvent, je n'utilise aucune sangle. Dans ce cas, je prévois un emplacement où glisser l'appareil. Sans sangle, il se range plus facilement dans le sac à dos, une sacoche de vélo étanche ou un sac de pont de kayak.

Protégez votre matériel photo

Le matériel photo n'aime pas passer trop vite du froid au chaud, ni de l'humide au sec. En hiver, si la tente est chauffée, je laisse l'appareil à l'abri dans l'abside. De retour de trek, l'appareil reste d'abord un bon moment dans son sac dans la voiture, puis attend encore un peu à la maison avant que je le sorte. Si vous passez brusquement l'appareil du froid au chaud, de l'humidité se condense à l'intérieur.

Au-dessus de la limite des arbres, la perspective change complètement. 35 mm F10 1/60s ISO 400.

Dans le sac, protégez vos objectifs des chocs. J'enfile souvent une chaussette en laine autour de l'objectif et je le cale entre des vêtements souples ou contre le sac de couchage. Dans mon sac, tout l'équipement est toujours à l'abri de l'humidité dans un sac étanche, et le matériel photo souvent même en double.

Si votre objectif n'est pas assez large, vous pouvez réaliser un panorama en assemblant plusieurs images. Panorama de 7 images verticales depuis le sommet du Pyhä-Nattanen. Ce type d'image fait aussi de beaux tirages : plus de 10 000 pixels en largeur. 24 mm F4 1/1600s ISO 100.

Par temps froid, les batteries ont tendance à flancher, alors je garde souvent une batterie de rechange au chaud dans la poche avant de mon pantalon. La chaleur de la cuisse la maintient en température. Parfois, la batterie de l'appareil se déclare vide une fois refroidie, et je fais des allers-retours entre la poche et l'appareil.

Un cygne tuberculé au bord de la mer. 500 mm F8 1/1250s ISO 100.

En trek, la lentille frontale de l'objectif peut facilement prendre un coup si vous n'êtes pas vigilant. Protégez-la avec un pare-soleil et/ou en vissant un filtre de protection sur le filetage. J'ai cassé plusieurs pare-soleil : ils absorbent efficacement les chocs, restent souvent utilisables même abîmés et ne coûtent pas cher à remplacer.

Si votre appareil n'est pas tropicalisé, rangez-le sans hésiter à l'abri de l'humidité dans votre sac dès que la pluie arrive.

Retouche – RAW ou JPG ?

Avec l'essor de Facebook et des smartphones, la photographie a changé. Dans les pays occidentaux aisés, presque tout le monde a un appareil photo sous la main, et chacun est photographe à sa manière. La retouche reste en revanche moins répandue et suscite des avis tranchés. Pour certains, il ne faudrait pas retoucher les photos, car elles ne seraient plus authentiques, et seule une photo de smartphone non retouchée le serait. On oublie alors que cette photo de smartphone est en réalité un JPG déjà traité. Le logiciel du téléphone intègre un programme de traitement qui retouche chaque image, parfois de manière assez marquée.

À gauche, le fichier RAW non traité ; à droite, l'image retouchée. À la retouche, vous pouvez déboucher les zones d'ombre sans cramer le ciel.

Au final, ce qui compte, c'est le degré de retouche et l'intention. La photo devait-elle documenter le moment au plus près de ce que le photographe a vu ? Ou s'agissait-il d'être créatif, de rendre l'image aussi belle que possible à ses yeux, ou de chercher à transmettre des émotions plutôt que la “réalité” ?

Une image peut aussi être une vision artistique plus libre, sans forcément imiter la “réalité”.

L'œil et le cerveau humains fonctionnent très différemment d'un appareil photo. Prenez parfois vraiment le temps, au moment de la prise de vue, d'observer la scène, puis comparez-la à l'image. Les deux sont très différentes : il est difficile de restituer l'exposition telle qu'elle était sur le terrain. Les zones d'ombre et les hautes lumières en pâtissent surtout, et il faut trouver un compromis, car la dynamique des appareils ne suffit généralement pas à tout enregistrer.

Un randonneur à contre-jour. Nous marchions sous le soleil de minuit. Comme je suis sensible à la lumière, je dois porter des lunettes de soleil, et je vois souvent les choses autrement à travers les verres. J'ai modifié les couleurs en post-traitement pour qu'elles correspondent à mon ressenti. 50 mm F5.6 1/4000s ISO 100.

Souvent, après une sortie ou un trek, je trouve à la retouche un style, une ambiance de couleurs qui m'est restée du voyage, et je l'applique aux photos. Dans un cadre professionnel, en revanche, on ne peut pas toujours suivre ses propres goûts : il faut respecter le style du client ou trouver un style adapté à l'usage de l'image.

Un gros plan au long téléobjectif donne un arrière-plan doux. 500 mm F5.6 1/160s ISO 400.

Si vous comptez beaucoup retoucher vos photos, photographiez en RAW, car ces fichiers contiennent davantage de données. Si vous ne retouchez pas du tout ou seulement par petites corrections, le JPG peut tout à fait se justifier. Mais si un jour vous vous prenez de passion pour la retouche et que toutes vos anciennes photos sont en JPG, vous risquez de le regretter.

Un bruant lapon se fond dans le terrain, photo prise au ras du sol. 200 mm F6.3 1/160s ISO 100.

Personnellement, j'adore la retouche : après un trek, c'est l'un de mes moments préférés, quand je peux enfin regarder et retravailler mes images. C'est pourquoi je photographie en RAW et j'utilise Lightroom. L'offre Photo d'Adobe coûte moins de 15 € par mois et, à mon avis, elle apporte bien plus pour votre argent qu'un matériel photo plus cher.

Un brocard m'a surpris alors que mes réglages n'étaient pas adaptés. J'ai fait un filé, c'est-à-dire que j'ai suivi sa course avec l'appareil pendant la prise de vue : la tête est nette, mais le reste de l'animal et l'arrière-plan sont flous. Le flou de mouvement ne se corrige pas après coup.

Lightroom se prend en main très facilement, et vous trouverez de nombreux tutoriels vidéo sur YouTube. Vous pouvez enregistrer vos propres préréglages, les appliquer rapidement à vos images et publier vite sur les réseaux sociaux. En pratique, vous ne conservez que les fichiers RAW sur votre disque dur et exportez des JPG quand vous en avez besoin. Vous pouvez modifier la retouche à tout moment. Pensez à sauvegarder vos fichiers RAW.

Photographier de manière responsable en pleine nature

Quand vous photographiez dans la nature, gardez toujours votre responsabilité à l'esprit. Même si une belle photo est en vue, respectez les restrictions d'accès et la tranquillité des animaux. Les oiseaux en particulier n'aiment pas être dérangés : photographiez-les de plus loin, avec une focale plus longue.

Une vue au drone en pleine nature donne une bonne idée de l'emplacement de la tente.

Pensez aussi aux autres. Un drone fait beaucoup de bruit, et tout le monde n'a pas envie de l'entendre quand il profite du calme de la nature.

En Finlande, dans les espaces naturels protégés, le vol de drones est interdit dans les zones à accès restreint ainsi que sur les sites de nidification importants (par exemple les îles, îlots et baies où nichent des colonies d'oiseaux) et les haltes migratoires importantes.

J'espère que ce long article vous a apporté des conseils et de l'inspiration pour vos prochaines photos. Bons moments avec ce superbe loisir !